La danse, un art majeur omniprésent à Abomey

Lieu où le pouvoir du royaume de Danxomè (XVII-XIXe siècle) a jadis planté ses racines, Abomey se distingue par une expression artistique plurielle. Les monarques qui ont régné à la tête de cette entité sociopolitique ont promu toutes les formes d’art dont ils avaient connaissance. Ainsi par exemple, la nation fon qu’ils ont réussi à constituer a donné au monde des artistes plasticiens dont les œuvres ont bousculé les stéréotypes auxquels l’art africain a longtemps été limité. L’exposition Art du Bénin d’hier et d’aujourd’hui : de la restitution à la révélation, avec entre autres les trésors royaux restitués au Bénin par la France, nous en donne un aperçu.
Si Abomey est connu pour voir se développer depuis l’époque de la royauté maintes formes d’art, il y a particulièrement un art qui s’exerce partout et en toutes circonstances : la danse. Cet art est à la portée de tout le monde. Il s’apprend dès le jeune âge comme la brebis qui apprend à reconnaître les herbes comestibles en observant sa mère. Il n’y a pas encore d’école de danse formelle. Les écoles de danse d’Abomey sont à ciel ouvert, dans la rue, dans les maisons de collectivité et surtout dans les couvents vodun. La danse est pour les gens d’Abomey un exutoire d’émotions. Elle permet de libérer joie, euphorie, tristesse, frayeur…
A Abomey, la danse, c’est l’expression même de la vie. Alors, ce n’est pas dans cette ville que vous entendrez dire que la danse, c’est pour les filles ou que les gens sérieux ne savent pas danser. Ici, l’homme danse, la femme danse, l’enfant danse, le vieillard danse, les freluquets dansent, les stéatopyges dansent, l’étranger danse, le prince et la princesse dansent. Même le roi danse. Le profane danse. Le fidèle vodun danse mais, lui, il est spécial quand il danse. Quand le divin prend possession de son corps et le fait entrer en transe, il devient ouragan et sa danse change de dimension, tissant le lien entre le monde du visible et celui de l’invisible.
A Abomey, on danse quand on accueille un nouveau-né. On danse pendant les fêtes coutumières. On danse quand il faut dire adieu à une personne du troisième âge. Cela a fait croire aux premiers européens qui ont été en contact avec les Fon et, par extension, avec les peuples d’Afrique que ceux-ci ne sont pas assez éclairés mentalement pour faire la part des émotions puisqu’ils chantent et dansent même quand ils sont éplorés. Leur ignorance est pardonnée. Si on danse lors des funérailles, ce n’est pas pour célébrer la mort mais plutôt pour célébrer la vie parce qu’on pense que la mort est la continuité de la vie. Et cet honneur n’est d’ailleurs fait qu’aux personnes qui ont vécu jusqu’à un certain âge où la communauté pense qu’elles peuvent tranquillement « rentrer à la maison ».
Ce n’est pas à Abomey que vous entendrez dire que la danse est une passion dont on ne peut pas vivre ou encore un domaine destiné aux raclures de l’éducation nationale. Non ! A Abomey, la danse se respecte, le danseur se respecte, la danseuse se respecte. De zinli à gblɔ (gblor) en passant par agbocébu (agbotchébou), ado, huisoji (houissodji), akonhun, tɔba (torba) et autres, les danses portant la marque de la ville-musée sont nombreuses. Quels que soient votre âge, votre morphologie et votre rang social, il y a sans doute une danse d’Abomey dont le spectacle saura vous émouvoir et qui vous incitera à vous mouvoir.
A Abomey, la danse est un art majeur qui se diffuse avec fluidité dans la société. Ici, Au son du tam-tam, de la calebasse flottant sur de l’eau, du gong, des battements de mains ou de poitrine, le danseur fait onduler son corps, toujours avec grâce et fierté. Ses pieds totalement nus sont des antennes qui le connectent à la terre de ses aïeux et ses pas battent la cadence en l’honneur de ces derniers, un peu comme pour les remercier d’avoir été pour qu’il soit, lui.
Quand il danse, le danseur rend hommage à la vie car, la vie est mouvement. Ne meut que ce qui vit ! Ne danse que l’humain qui vit ! Alors, danse égale vie ; pensée aboméenne…
Ci-dessous, des capsules vidéo montrant des enfants d’Abomey qui dansent !









